
Une pièce entièrement tracée
Murs, sol, plafond : rien n'échappe au tracé. On n'entre pas devant l'œuvre, on entre dedans — et la lumière du jardin, en traversant, redessine le dessin toutes les heures.

Il trace à la craie, d'un seul geste continu, des lignes qui ondulent et se répondent. Au LabMusée, cette ligne a quitté le trottoir pour prendre les salles, le jardin, le village d'Auvers — et jusqu'à l'assiette.

On connaît d'abord son geste par les trottoirs de Paris : trois lignes parallèles à la craie, posées la nuit, effacées par la pluie ou par les pas. Rien n'est fait pour durer. C'est précisément ce qui rend le travail si difficile à exposer — et si intéressant à inviter.
Le LabMusée lui a confié le bâtiment entier. La ligne est montée sur les murs, a couvert les sols, a franchi les fenêtres, puis a débordé du musée pour aller se poser dans le village. Elle s'est arrêtée là où Van Gogh s'était arrêté : devant l'église d'Auvers, et dans la salle de l'Auberge Ravoux.
De cette saison, une chose est restée quand tout le reste a été effacé : la pâtisserie signature du LabCafé, où le chef Jérémy Tuaz a repris le tracé de l'artiste en chocolat blanc. C'est la seule ligne de Jordane Saget qu'on ait le droit de manger.

Murs, sol, plafond : rien n'échappe au tracé. On n'entre pas devant l'œuvre, on entre dedans — et la lumière du jardin, en traversant, redessine le dessin toutes les heures.

Neuf disques accrochés au mur blanc, chacun refermant sur lui-même le même trait continu. La forme est celle d'une rosace d'église — la référence n'est pas fortuite dans un village dont Van Gogh a peint la sienne.

L'église que Van Gogh a peinte en juin 1890 se regarde depuis un parvis pavé. Jordane Saget l'a couvert de craie, à même les pavés, sans rien fixer : quelques pluies ont suffi à tout reprendre. Le village a eu son tableau éphémère, exactement le temps d'un été.

L'Auberge Ravoux est la maison où Van Gogh a vécu ses derniers jours. On n'y accroche rien aux murs. Jordane Saget a donc travaillé sur ce qui n'est pas un mur : le grand miroir de la salle, tracé à la main, un soir, en une seule séance.

Le tracé ne recouvre pas le miroir : il l'encadre par l'intérieur. Ce que l'on voit au centre reste la salle, ses tables, ses convives — l'œuvre est la fenêtre, pas le tableau.

Le chef Jérémy Tuaz a traduit le tracé en chocolat blanc. L'exposition est démontée, la craie du parvis a disparu — la pâtisserie, elle, n'a jamais quitté la carte.